
Le crash du bombardier B-24 Harmful Lil Armful à Queyrac
L’équipage du bombardier poursuit sa route vers son point initial d’attaque (Initial Point – I.P.) et la ville de La Rochelle afin de bombarder son objectif principal : le terrain d’aviation de Laleu, situé au nord de la ville. Toutefois, une épaisse couverture nuageuse empêcha l’identification de la cible. Les bombardiers du 448th Bomb Group se détournèrent alors vers leur objectif secondaire : le terrain d’aviation de Châteaubernard, situé au sud de la ville de Cognac. Ils larguèrent leurs bombes sur cet objectif vers 12 h 31.
C’est à ce moment-là que deux chasseurs ennemis, un Focke-Wulf Fw 190 et un Messerschmitt Bf 109, les rattrapèrent. Malgré la présence des chasseurs d’escorte alliés North American P-51B Mustang, chargés de protéger la formation, les appareils allemands ouvrirent le feu depuis la position de trois heures (sur le côté droit du bombardier), provoquant un important incendie à bord. Les chasseurs allemands poursuivirent leurs attaques pendant plusieurs longues minutes. Le Bf 109, piloté par l’Unteroffizier Hermann Fellinger, fut abattu à 12 h 50 par deux pilotes du 354th Fighter Group : le Lt-Col. Kenneth R. Martin et le 2nd Lt. Richard McDonald. L’appareil ennemi s’écrasa au lieu-dit Sainte-Marie, sur le territoire de la commune de Lesparre-Médoc, en Gironde (Nouvelle-Aquitaine).
Le quadrimoteur quitta alors définitivement la formation et vira sur la gauche en direction du Sud. Le moteur n° 3 était en flammes et le poste de pilotage était également la proie du feu. L'appareil était condamné. Le 2nd Lt. Philip J. Chase, pilote de l'équipage, donna l'ordre d'évacuer l'avion en actionnant l'alarme d'abandon. À bord du bombardier, la confusion et l'urgence régnaient. Les aviateurs s'entraidèrent pour ajuster leurs parachutes avant de se jeter dans le vide sans perdre un instant.
Les premiers membres de l'équipage sautèrent aux environs de 18 000 pieds (environ 5 500 mètres) d'altitude. Le 2nd Lt. Philip J. Chase (Pilot), le 2nd Lt. William H. Thomas (Co-Pilot), le S/Sgt. Joseph F. Defranze (Radio Operator), et le S/Sgt. Arthur S. Meyerowitz (Flight Engineer) évacuèrent l'appareil par la soute à bombes. Le F/O. Edward E. George (Bombardier) et le 2nd Lt. Harry K. Farrell Jr. (Navigator) évacuèrent l'appareil par la trappe située à proximité du train d'atterrissage avant du bombardier. Le S/Sgt. Howard R. Peck (Tail Gunner) évacua l'appareil par la fenêtre latérale gauche de la section arrière du bombardier. En l'espace de quelques minutes seulement, la majeure partie de l'équipage avait réussi à sauter en parachute. Sept hommes descendaient désormais lentement sous leurs parachutes, se rapprochant progressivement du sol.
Seuls les deux mitrailleurs, le S/Sgt. Thomas M. McNamara et le S/Sgt. William D. Dunham, demeuraient encore à bord de l'appareil en perdition. Selon le témoignage du S/Sgt. Peck, qui avait sauté quelques secondes plus tôt et parmi les derniers de l'équipage, vers 12 000 pieds, il aperçut le S/Sgt. McNamara toujours à son poste de combat. La mitrailleuse d'Howard R. Peck ne fonctionnant plus et voyant l'incendie se propager, celui-ci quitta sa position pour se préparer à évacuer. Il vit le S/Sgt McNamara retirer le gilet pare-éclats du S/Sgt. Dunham et l'aider à enfiler le harnais de son parachute. Environ trente secondes plus tard, le bombardier serait entré dans une grosse vrille. Les deux hommes périrent tragiquement lorsque le B-24 Harmful Lil Armful s'écrasa à 12 h 49 dans un champ situé au lieu-dit Pey du Haut, sur la commune de Queyrac, en Gironde (Nouvelle-Aquitaine). Ont-ils hésité à sauter ? Ont-ils tout simplement manqué de temps ? Ou bien ont-ils été dans l'impossibilité de quitter l'appareil en raison des forces centrifuges générées par la vrille du bombardier ? Nul ne le saura jamais.
Ordre d'évacuation probable du bombardier B-24 Harmful Lil Armful suivant le récit de l'équipage :
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Compte rendu du S/Sgt. Joseph F. DeFranze, Radio Operator du B-24H 42-7754 : Les flammes commençaient à me gagner les jambes, alors j’ai sauté de 15 000 pieds. Lorsque le parachute s’est ouvert, j’ai pu voir le FW 190 attaquer une nouvelle fois notre avion en flammes, puis deux parachutes sont sortis de la partie arrière du fuselage. L’avion était en flammes et piquait. Dix minutes plus tard, j’ai atterri dans un bois.
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Compte rendu du 2nd Lt. Philip J. Chase, Pilot du B-24H 42-7754 : Tous les membres de l’équipage ont quitté l’appareil approximativement au même moment, sauf indication contraire figurant sur l’AFPPA-11. Le bombardier et le navigateur se sont échappés par les trappes du train avant. Le pilote, le copilote, le mécanicien et l’opérateur radio sont passés par les soutes à bombes. Le mitrailleur de queue est sorti par la fenêtre latérale gauche. Aucune information concernant les mitrailleurs latéraux droit et gauche. Aucun mitrailleur de tourelle ventrale sphérique n’était à bord lors de cette mission. D’après sa famille, Philip aurait été aidé quelques heures par des civils français avant d’être fait prisonnier par les soldats allemands.
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Compte rendu du 2nd Lt. William H. Thomas, Co-pilot du B-24H 42-7754 : Dans un rapport, le pilote Philip J. Chase rapporte que William H. Thomas lui aurait dit qu’il a vu Arthur S. Meyerowitz légèrement brulé avant de quitter le bombardier. D’après le témoignage de Mme Michel (femme de Martial Michel) vivant à Lesparre-Médoc, il aurait atterri dans le centre ville de la commune.
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Compte rendu du S/Sgt. Arthur S. Meyerowitz, Flight Engineer du B-24H 42-7754 : Après que notre avion eut pris feu dans le cockpit et au niveau du moteur n° 3, j’ai sauté en parachute à 18 000 pieds d’altitude, suivant le radio, le pilote et le copilote qui s’étaient élancés par la soute à bombes. Je n’ai pas retardé mon saut et, en descendant, j’ai compté trois parachutes au loin avant d’atterrir dans un groupe d’arbres. Mon parachute s’est accroché à un arbre, mais j’ai réussi à me dégager après m’être extrait du harnais. Il ne m’a fallu que quelques secondes pour enterrer le parachute sous les feuilles et les broussailles, puis, pensant entendre des patrouilles à bicyclette approcher le long d’une route, j’ai couru à travers les bois en direction d’un petit village.
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Compte rendu du 2nd Lt. Harry K. Farrell Jr., Navigator du B-24H 42-7754 : Je suis certain que six autres membres ont évacué l’appareil en parachute. Je pense que deux sont restés à bord de l’avion. L’appareil a percuté le sol à deux miles au sud de Lesparre.
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Compte rendu du S/Sgt. Howard R. Peck, Tail Gunner du B-24H 42-7754 : J’ai ensuite contacté mon pilote, qui m’a dit que tous les hommes se trouvant dans le nez de l’appareil, au nombre de six, avaient sauté en parachute sans incident. Mon dernier contact avec Thomas M. McNamara et William D. Dunham a eu lieu environ 30 secondes avant que l’avion n’entame son piqué. J’ai quitté l’avion à 12 000 pieds d’altitude.
Compte rendu du 1st Lt. Albert L. Northrup Jr., Pilot du B-24H 42-7764 : J'occupais la position n° 3 du troisième élément (élément haut). Le lieutenant Chase volait en position n° 2. En approchant de la zone de l'objectif, au-dessus de la péninsule de Brest et à l'est de Cognac, son appareil se laissait progressivement distancer par la formation. De la fumée s'échappait de son moteur n° 3, probablement à la suite d'un impact de la Flak, tandis que deux Me 109 étaient observés menant des attaques déterminées par-dessous. D'autres équipages rapportèrent avoir vu l'appareil piquer brusquement, reprendre de l'altitude, décrocher, puis replonger. Lorsqu'il fut aperçu pour la dernière fois, plusieurs parachutes (de quatre à neuf, selon les témoignages) avaient été observés.
Ce vendredi 31 décembre 1943, au lieu-dit Pey du Haut, le temps est au beau fixe, le ciel étant seulement parsemé de quelques nuages et il fait environ 6°C. Les soldats allemands ne tardent par à arriver sur la zone du crash, bouclent le secteur et font leurs premières inspections sur le terrain et dans les maisons avoisinantes afin de retrouver d'éventuels aviateurs. Dans les débris du bombardier, ils tombent assez rapidement sur les corps des deux mitrailleurs, Thomas M. McNamara et William D. Dunham, situés sous l'une des ailes de l'appareil. Ils prélèvent leurs plaques d'identité et quelques heures plus tard, les montreront aux autres aviateurs américains capturés peu après leur atterrissage, pour obtenir des renseignements complémentaires sur la mission et sur les circonstances du crash. Dans les rapports américains, tous les prisonniers se souviendront que ces plaques d'identité avaient été partiellement brûlées. Ginette, une habitante des environs de Pey du Haut, se souvient s'être rendue sur la zone du crash du bombardier avec son grand-père et avoir vu au moins l'un des deux aviateurs, décédé et partiellement brûlé, gisant parmi les débris. Les deux aviateurs américains furent ensuite inhumés par les soldats allemands dans le cimetière de Vendays, situé à proximité du lieu du crash.
Le pilote ennemi auquel est attribué la destruction de ce B-24H Liberator serait l'Unteroffizier Rodwedder, de la 4./Ergänzungs-Jagdgruppe Ost, alors basée sur le terrain d'aviation de Saint-Jean-d'Angély.
Zone de parachutage probable des aviateurs du bombardier B-24 Harmful Lil Armful :




